LE MATIN
Image © Alain Germond
Après deux kilomètres de course en amont de Saint-Ursanne, la Reynard K1 de Lionel Régal s’est fracassée contre un arbre, après un aquaplaning. Le tronc porte la trace de l’impact
La mort du pilote français Lionel Régal ne sonne pas le glas de la course de côte des Rangiers (JU). Pour les organisateurs et les coureurs, l'aquaplaning qui l'a projeté contre un arbre est une fatalité
Vincent Donzé - le 16 août 2010, 22h58
Le Matin
Le piège n'était pas une surprise
«Cette sixième victoire, il la voulait», lâche Jean-Luc Lachat, un fan venu de
Cornol pendant sa pause de midi. Lionel Régal (35 ans) était le dernier
concurrent de la première manche à déboucher d'un virage à droite sur une
coulée d'eau qui traversait la route. Celui qu'on surnommait l'Ayrton Senna
des courses de côte avait chaussé des pneus pluie et le piège signalé à la
peinture blanche n'était pas une surprise.
Plus rapide que ses concurrents, le quintuple vainqueur de l'épreuve devait être encore en appui sur sa roue avant gauche quand il a glissé sur la coulée. Sa F3000 a tournoyé sur le talus opposé, avant de se fracasser latéralement contre un tronc. La cellule de survie censée résister à un choc à 200 km/h a éclaté, comme en témoigne un trait de carbone incrusté dans le bois.
La capuche relevée, le président du comité d'organisation Charles Haeberli pleure la mort d'un ami: «C'est une catastrophe.» Il surmonte l'émotion pour anticiper les critiques: «La course a sa place ici.» Son fils comptait parmi les 210 concurrents: «Ç'aurait pu être lui», lâche encore Charles Haeberli.
Annuler la course à cause de la pluie? L'idée ne l'a pas effleuré, dimanche matin: «La course automobile est un sport de plein air. On ne renonce pas non plus à une course cycliste parce qu'il pleut, malgré les chutes.» Les commissaires de piste ont donné leur feu vert et l'ouvreur a confirmé leur jugement. La mort d'un pilote sonnera-t-elle le glas de la plus belle manche du championnat européen? «Les organisateurs n'endossent aucune responsabilité dans l'accident. L'avenir de la course leur appartient», estime le maire de Saint-Ursanne, Albert Piquerez.
«Cette course est un événement qui fait connaître le Jura. Je ne souhaite pas sa disparition», ajoute le ministre Charles Juillard. Faut-il réduire la vitesse avec des chicanes? L'expérience a été tentée en Alsace mais jugée non concluante.
Tracé homologué
Aux Rangiers, quand les pilotes foncent à 230 km/h dans la longue courbe
montante des Grippons, ils éprouvent la même sensation que les pilotes de F1
sur le circuit belge de Spa-Francorchamps. Au détriment de la sécurité? «Deux
jours avant l'accident, le tracé a été homologué pour cinq ans. Les
inspecteurs n'ont rien critiqué», insiste Charles Haeberli.
Faut-il bannir les F3000? «Les spectateurs ne viendraient plus», réplique un ancien pilote. Equiper la totalité du tracé d'une double glissière de sécurité? «Ça n'éliminerait pas tous les risques», plaide Charles Haeberli.
Le débat sur la sécurité n'est pas clos, mais la 68e Course de côte des Rangiers aura bien lieu en 2011. Charles Haeberli n'en démord pas: «On n'interdit pas l'Eiger après la mort d'un alpiniste.»
| Réactions |
| Lionel a bu un
dernier café chez moi avant de rallier le départ. Il pestait contre la
pluie, qui le gênait pour réaliser le meilleur chrono. Il a dit à ma femme
qu'il n'allait pas forcer, mais il avait un tempérament de fonceur. Avec
ce drame, les bénévoles perdent un peu de motivation, mais l'envie
reviendra. Jean-Claude Houlmann - 51ans, responsable du parc des
pilotes, Saint-Ursanne (JU)
Il a plu 80 litres d'eau au mètre carré durant la nuit. Quand j'ai nettoyé ce secteur de course au petit matin, j'ai remarqué la coulée d'eau qui ruisselait encore du talus, alors que l'averse avait diminué. Le revêtement est irréprochable et la pluie n'avait rien de comparable avec le déluge de 2005: elle ne justifiait pas une annulation. Rémy Choulat - 44 ans, cantonnier dévolu aux Rangiers, Cornol (JU) Les pilotes ont effectué une reconnaissance du parcours: ils savaient où se trouvaient les deux coulées d'eau. Poser des chicanes pour ralentir la course? Les pilotes ne veulent pas d'un slalom, pas plus que les spectateurs. Lionel connaissait les risques du métier: il évoquait avec nous le destin de son père. Pierre-Alain Zbinden - 39 ans, ancien pilote Renault Megane, Villariaz (FR) |